MONTRÉAL — Dans un nouvel épisode du balado La Mentalité verte, Alex Tyrrell s’est entretenu avec l’activiste albertaine Mikayla Resists au sujet des mouvements indépendantistes au Québec et en Alberta. Tous deux ont dénoncé des projets politiques qu’ils considèrent comme profondément divisifs, favorables aux intérêts économiques et susceptibles d’affaiblir le Canada face aux pressions américaines.
La discussion portait d’abord sur la montée du séparatisme en Alberta, alimentée par le mécontentement envers Ottawa, les paiements de péréquation, les politiques climatiques et les obstacles allégués au développement des pipelines.
Selon Mikayla, une grande partie de ce mouvement repose sur un discours voulant que l’Alberta finance le reste du pays sans recevoir sa juste part en retour.
« On répète aux Albertains qu’ils sont opprimés par Ottawa, qu’ils prennent soin de tout le Canada et que le Canada ne prend pas soin d’eux. Pourtant, la majorité des Albertains n’appuie pas l’indépendance », a-t-elle expliqué.
Une industrie pétrolière déjà fortement soutenue
Alex Tyrrell a remis en question l’idée selon laquelle le gouvernement fédéral empêcherait l’Alberta de développer ses ressources pétrolières.
« Ottawa a été extrêmement favorable à l’industrie pétrolière albertaine. Le gouvernement fédéral a nationalisé le pipeline Trans Mountain lorsque le secteur privé ne voulait plus le construire, et la production des sables bitumineux continue d’augmenter », a-t-il souligné.
Il estime donc contradictoire de présenter l’indépendance comme une réponse à un prétendu abandon de l’Alberta par le Canada.
« On nous dit que l’Alberta doit quitter le Canada parce qu’elle ne peut pas développer son pétrole, alors que ses exportations augmentent année après année. »
Mikayla affirme pour sa part que le mouvement séparatiste s’inscrit dans une stratégie politique plus large visant à accroître le contrôle provincial sur les ressources, les pensions et les services policiers.
« Il ne s’agit pas seulement d’indépendance. Il est question de ressources, de profits et de l’ouverture de l’Alberta aux intérêts privés et américains », a-t-elle affirmé.
Une province vulnérable aux intérêts américains
L’entrevue a également porté sur l’influence politique et économique des États-Unis en Alberta.
Mikayla Resist craint qu’une Alberta indépendante devienne rapidement dépendante de l’économie américaine et de ses grandes entreprises pétrolières, technologiques et extractives.
« L’Alberta est déjà traitée comme si elle était à vendre au plus offrant. Une séparation nous rendrait encore plus vulnérables aux intérêts américains », a-t-elle déclaré.
Elle a notamment évoqué les liens entre certains acteurs politiques albertains, les milieux conservateurs américains, les industries pétrolières et les promoteurs de grands centres de données.
« Ce serait une prise de contrôle plus discrète. Il ne serait pas nécessaire d’envoyer une armée. Il suffirait d’utiliser les divisions internes, les ressources et les politiciens prêts à collaborer. »
Alex Tyrrell a établi un parallèle avec le Québec, où certains dirigeants souverainistes ont présenté une éventuelle politique étrangère québécoise comme étant compatible avec les États-Unis et l’OTAN.
« On nous dit que l’indépendance donnerait au Québec une voix plus progressiste dans le monde. Pourtant, sur presque tous les enjeux internationaux, l’Assemblée nationale adopte essentiellement les mêmes positions que le gouvernement canadien », a-t-il fait valoir.
Il cite notamment l’ouverture d’un bureau du Québec à Tel-Aviv et la proximité des principaux partis québécois avec les politiques étrangères canadienne et américaine.
Des mouvements qui ciblent les minorités
Les deux intervenants ont également dénoncé la place occupée par l’immigration, les communautés culturelles et les peuples autochtones dans les discours indépendantistes.
Au Québec, Alex Tyrrell reproche aux partis nationalistes d’attribuer une grande partie des difficultés sociales aux personnes immigrantes.
« On accuse les immigrants de la crise du logement, du manque de médecins, du manque de places en garderie et de presque tous les problèmes du Québec. Ce discours crée un environnement hostile et nourrit l’extrême droite », a-t-il déclaré.
Il a également critiqué les lois québécoises limitant le port de symboles religieux et le recours fréquent à la disposition de dérogation pour soustraire certaines lois à la Charte canadienne des droits et libertés.
« Une liberté civile après l’autre est retirée au nom du nationalisme. Même une partie de la gauche accepte de sacrifier les droits fondamentaux pour faire avancer le projet souverainiste. »
En Alberta, Mikayla affirme que certains projets indépendantistes prévoient des critères restrictifs pour déterminer qui pourrait demeurer dans une Alberta souveraine.
« Ces propositions favorisent les personnes nées ici, anglophones et déjà intégrées au marché du travail. Elles visent clairement à exclure une partie des immigrants », a-t-elle expliqué.
Elle a également insisté sur les conséquences potentielles pour les Premières Nations.
« Une partie de ce mouvement cherche à affaiblir les traités afin de faciliter l’extraction des ressources. Les droits autochtones sont perçus comme des obstacles aux projets pétroliers, miniers et technologiques. »
Le risque d’affaiblir le Canada
Pour Alex Tyrrell, l’indépendance du Québec ou de l’Alberta ne réglerait pas les problèmes sociaux, économiques ou environnementaux.
« Dans les deux provinces, l’indépendance est vendue comme une solution à tous les problèmes, même lorsque les demandes sont contradictoires. »
Il estime qu’une fragmentation du Canada affaiblirait considérablement les provinces, particulièrement dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis.
« Si le Québec et l’Alberta quittaient le pays, le Canada serait découpé en plusieurs morceaux et chaque nouvelle entité deviendrait plus vulnérable aux pressions économiques et politiques américaines. »
Selon lui, les provinces disposent déjà d’une autonomie importante dans les domaines des ressources naturelles, de l’éducation, de la santé, de la police et de l’immigration.
« Il y a certainement des problèmes à régler dans la fédération, mais il vaut mieux rester ensemble et lutter pour davantage de justice sociale, de protection environnementale et de démocratie que de nous diviser. »
Une solidarité pancanadienne
Mikayla a elle aussi appelé à un dialogue entre les provinces plutôt qu’à la séparation.
« Nous sommes assez adultes pour discuter de nos désaccords. Le mot séparation est lui-même profondément diviseur. Ces mouvements utilisent l’immigration, la police, les pensions et l’économie pour opposer les gens les uns aux autres », a-t-elle affirmé.
Elle considère que les dirigeants séparatistes instrumentalisent le mécontentement populaire afin de servir des intérêts financiers.
« Au bout du compte, il ne s’agit pas de protéger les Albertains, les Canadiens ou les traités. Il s’agit de permettre à certains groupes de faire davantage de profits. »
La discussion s’est conclue par un appel à maintenir la solidarité entre les provinces et à répondre aux frustrations régionales par des réformes démocratiques plutôt que par la fragmentation du pays.
« Que ce soit au Québec ou en Alberta, tout le monde aurait à perdre d’une séparation. Nous devons travailler ensemble pour transformer le Canada plutôt que le laisser être démantelé morceau par morceau », a conclu Alex Tyrrell.


























