Une vidéo circulant présentement en ligne montre un policier de la Ville de Mercier dire à un homme noir que, s’il n’aime pas le Canada, il peut « retourner dans son pays ». Le policier savait qu’il était filmé et a tout de même choisi de prononcer ces paroles.

Pour le Parti Vert du Québec, il ne s’agit ni d’un simple dérapage ni d’une remarque maladroite. Il s’agit d’un commentaire ouvertement raciste, exprimé par un représentant de l’autorité publique devant un citoyen.

Une personne noire n’a pas à être traitée comme une étrangère dans son propre pays en raison de la couleur de sa peau. Ce type de propos remet directement en question son appartenance à la société québécoise et canadienne et reproduit une forme de discrimination profondément ancrée.

Un commentaire clairement raciste

Des policiers et d’anciens policiers invités à commenter l’affaire dans les médias ont tenté de minimiser la gravité de la situation.

Un ancien policier du SPVM a principalement reproché à l’agent d’avoir tenu ces propos alors qu’il savait qu’il était filmé. Un autre policier du Grand Montréal a qualifié le commentaire de « limite raciste », avant d’ajouter qu’un policier pouvait peut-être le penser, mais ne devait pas le dire ouvertement.

Ces réactions sont extrêmement préoccupantes.

Le commentaire n’est pas « limite raciste » : il est carrément raciste. Plus inquiétant encore, affirmer qu’il serait acceptable de le penser, mais non de le dire, démontre que certains membres des forces policières considèrent toujours ce genre d’idées comme normales lorsqu’elles demeurent cachées au public.

Le problème ne se limite donc pas à l’image publique de la police ou au fait qu’une caméra était présente. Le véritable enjeu est de savoir si des préjugés racistes influencent les discussions, les décisions, les interventions et le traitement réservé aux citoyens.

Le racisme ne devient pas acceptable lorsqu’il est caché

Dire qu’il est permis de penser ce genre de choses revient à accepter que des propos racistes puissent circuler dans les voitures de patrouille, les vestiaires, les postes de police ou les rencontres privées entre collègues.

Or, les préjugés exprimés en privé ne disparaissent pas au moment d’intervenir auprès de la population. Ils peuvent influencer les personnes qui sont interceptées, surveillées, soupçonnées, fouillées, arrêtées ou traitées avec davantage d’agressivité.

Un policier qui considère qu’une personne noire devrait « retourner dans son pays » peut-il réellement lui offrir le même traitement qu’à un citoyen blanc? Cette question doit être prise au sérieux.

Cette affaire démontre que les problèmes de racisme dans les services policiers ne peuvent pas être réduits à quelques individus ni à un seul poste de quartier. Les événements récents à Mercier, comme les allégations visant le poste de quartier 39 à Montréal-Nord, révèlent un problème beaucoup plus large et systémique.

Une enquête publique est nécessaire

Le Parti Vert du Québec réitère sa demande pour la tenue d’une enquête publique, indépendante et transparente sur le racisme au sein des services de police partout au Québec.

Cette enquête devrait examiner la culture interne des corps policiers, les pratiques de profilage racial, les mécanismes disciplinaires, la formation des agents et la manière dont les plaintes du public sont traitées.

Les enquêtes internes et les sanctions imposées au cas par cas ne suffisent plus. La population doit pouvoir comprendre l’ampleur du problème et connaître les mesures qui seront mises en place pour y mettre fin.

Les personnes noires, arabes, autochtones et racisées doivent également pouvoir témoigner publiquement de leurs expériences et participer directement à la réforme des institutions policières.

La tolérance zéro doit réellement s’appliquer

Le lien de confiance entre la population et les forces de l’ordre ne peut pas être maintenu si les comportements racistes sont excusés, banalisés ou uniquement condamnés lorsqu’ils sont captés par une caméra.

La tolérance zéro doit s’appliquer à tous les comportements racistes, qu’ils soient exprimés devant les citoyens ou entre policiers, à l’abri des regards. Dans les deux cas, ils sont incompatibles avec les responsabilités et les pouvoirs accordés aux forces policières.

Le Québec doit envoyer un message clair : aucune personne ne devrait subir de discrimination de la part de ceux et celles qui ont le devoir de la protéger.

Alex Tyrrell
Chef du Parti Vert du Québec