Lors d’un débat électoral organisé par le Mouvement québécois pour la paix, le chef du Parti Vert du Québec, Alex Tyrrell, a présenté une vision résolument opposée à la course aux armements, aux subventions publiques à l’industrie militaire et à l’intégration croissante du Canada aux politiques militaires des États-Unis. Tout au long du débat, Alex Tyrrell a défendu l’idée que le Québec peut avoir une véritable voix sur la scène internationale, même si plusieurs leviers de politique étrangère relèvent du gouvernement fédéral. Il a rappelé que le programme 2026 du Parti Vert du Québec comprend pour la première fois une section consacrée à la politique étrangère et à « la voix du Québec dans le monde ». Pour le chef du Parti Vert, cette voix devrait être fondée sur la paix, la solidarité internationale, la coopération entre les peuples et la lutte commune contre les changements climatiques. Il a notamment défendu la fermeture du bureau du Québec à Tel-Aviv, critiqué les positions favorables aux guerres et à la militarisation et appelé le Québec à utiliser davantage son influence internationale en faveur de la paix.
Aucun fonds public pour les entreprises d’armement
Interrogé directement sur la possibilité que le Québec finance ou soutienne des entreprises liées à l’industrie militaire, Alex Tyrrell a donné une réponse sans ambiguïté :« La réponse est non. Ils doivent avoir aucun fond public mis là-dedans. »
Il a également dénoncé l’objectif de consacrer l’équivalent de 5 % du PIB aux dépenses liées à la défense, qu’il a qualifié d’« agenda complètement radical ». Selon lui, détourner des sommes aussi importantes vers la course aux armements signifie nécessairement moins de ressources disponibles pour répondre aux besoins sociaux et environnementaux. Tyrrell a surtout remis en question l’argument voulant qu’une augmentation massive des dépenses militaires permette au Canada de se protéger contre une éventuelle agression des États-Unis. Il a souligné l’immense différence de population et de puissance militaire entre les deux pays et soutenu que même une mobilisation économique extrêmement importante pendant plusieurs années ne permettrait pas au Canada d’égaler la puissance militaire américaine. Pour lui, la réponse aux tensions avec les États-Unis ne passe donc pas par une nouvelle course aux armements, mais par davantage d’indépendance politique, économique et diplomatique.
Tyrrell répond au PQ : la paix ne passe pas par la préparation de la guerre
Un des échanges les plus marquants du débat est survenu lorsque le candidat du Parti Québécois a invoqué à plusieurs reprises l’adage « Qui veut la paix prépare la guerre » pour défendre le maintien d’une capacité militaire et d’investissements dans la défense. Il a notamment soutenu qu’il fallait disposer de moyens militaires suffisants pour éviter de se retrouver sans défense devant les États-Unis.
Alex Tyrrell a directement contesté cette logique.
Il a précisé que son argument n’était pas que les populations ne devraient jamais se défendre, mais plutôt que l’armée canadienne ne constitue pas une réponse réaliste à une menace provenant des États-Unis. « Ce que j’étais en train de dire, c’est que c’est pas l’armée canadienne qui va empêcher une invasion américaine », a-t-il répondu.
Il a ensuite opposé sa vision à celle exprimée par le candidat péquiste : plutôt que de renforcer les liens militaires avec les États-Unis au moment même où Washington exerce des pressions sur le Canada, Tyrrell a soutenu qu’il fallait au contraire réduire cette dépendance.
« La solution, c’est pas de renforcer les liens militaires avec un pays qui parle de nous envahir puis de nous annexer. C’est exactement le contraire qu’on devrait faire », a-t-il expliqué.
Pour Tyrrell, présenter la préparation militaire comme condition préalable à la paix risque précisément d’alimenter une nouvelle course aux armements coûteuse et dangereuse. Il a plutôt plaidé pour la désescalade, l’autonomie politique et une politique étrangère davantage axée sur la négociation.
Rompre les liens militaires avec les États-Unis et quitter l’OTAN
Alex Tyrrell a également défendu l’un des engagements les plus clairs du programme du Parti Vert du Québec en matière de politique internationale : le retrait du Canada de l’OTAN. Selon lui, le Canada s’est trop étroitement aligné sur la politique étrangère américaine au fil des décennies. Il a dénoncé les exercices militaires conjoints, les militaires canadiens déployés ou formés sur des bases américaines ainsi que la coopération militaire croissante entre les deux pays. Il a soutenu qu’un gouvernement canadien souhaitant réellement démontrer son indépendance envers Washington pourrait commencer par réduire ces liens et rapatrier les militaires canadiens impliqués dans certaines formes de coopération avec les États-Unis.
Tyrrell a également décrit l’OTAN comme une alliance qu’il juge « extrêmement agressive et dangereuse pour la paix mondiale ». Il a soutenu que l’appartenance du Canada à l’Alliance contribue à entraîner le pays dans des conflits internationaux et à créer une pression constante en faveur de dépenses militaires toujours plus importantes. Selon lui, ces centaines de milliards de dollars seraient beaucoup plus utiles dans les programmes sociaux, l’environnement et la transition écologique. Plus tard dans le débat, il est revenu sur cette question en dénonçant les démarches visant à accueillir à Montréal une institution financière liée à l’OTAN.
« Montréal n’a aucun intérêt à devenir une plaque tournante pour l’OTAN », a déclaré Tyrrell, affirmant qu’il existe de nombreuses autres façons de développer l’économie montréalaise que de l’orienter vers la course aux armements.
Une critique de la vision militaire de l’indépendance proposée par le PQ
Bien que le Parti Vert du Québec soit fédéraliste, Alex Tyrrell a affirmé que la militarisation du Canada constitue justement l’un des aspects du fédéralisme canadien qu’il critique le plus fortement. Il a cependant reproché au Parti Québécois de proposer, selon les positions présentées durant le débat, un Québec indépendant qui demeurerait membre de l’OTAN et continuerait à participer à la recherche et aux investissements militaires. Pour Tyrrell, changer le statut constitutionnel du Québec tout en maintenant la même orientation militaire ne constituerait pas une rupture suffisante. « Faisons un projet de société qui est pas basé sur l’impérialisme, qui est pas basé sur l’affrontement militaire », a-t-il lancé.
Transformer les usines de guerre plutôt que sacrifier les travailleurs
Alex Tyrrell a aussi insisté sur le fait qu’une réduction de l’industrie militaire ne doit pas se faire sur le dos des travailleurs et travailleuses qui y gagnent actuellement leur vie. Le Parti Vert propose plutôt de convertir les capacités industrielles consacrées à l’armement vers la transition écologique tout en offrant une garantie d’emploi aux travailleurs concernés. Tyrrell a déploré qu’on présente l’expansion de l’industrie militaire comme un projet économique d’avenir pour le Québec. Selon lui, les compétences industrielles, scientifiques et techniques actuellement consacrées à la fabrication d’armements pourraient être mobilisées pour répondre aux énormes besoins liés aux transports collectifs, aux infrastructures et à la transition énergétique.
La paix est aussi un enjeu d’abordabilité
Pour Alex Tyrrell, la politique étrangère n’est pas déconnectée du coût de la vie. Il a expliqué que les guerres et les tensions internationales peuvent contribuer à faire augmenter le prix de l’énergie, du transport et, ultimement, des aliments. Il a donc présenté la désescalade et la recherche de solutions négociées comme faisant partie d’une politique économique qui cherche à protéger la population contre les conséquences des conflits internationaux.
Il a ensuite présenté les trois grandes mesures du Parti Vert pour s’attaquer directement aux principales dépenses des ménages québécois : le logement, l’alimentation et le transport. En matière de logement, le Parti Vert propose une réduction des loyers de 5 % par année pendant quatre ans, pour une diminution totale de 20 %, accompagnée de mesures visant à combattre la spéculation immobilière. Pour l’alimentation, le parti propose la création d’un réseau de 250 épiceries publiques reposant sur une chaîne de distribution elle aussi publique. Tyrrell a affirmé qu’un tel modèle pourrait permettre de réduire substantiellement le coût du panier d’épicerie. Enfin, le Parti Vert propose la gratuité des transports collectifs ainsi qu’une expansion majeure du réseau de métro et des autres services de transport en commun.
Tyrrell a fait valoir que de nombreuses personnes doivent actuellement s’endetter pour acheter une voiture simplement afin de pouvoir se rendre au travail, avant même de devoir payer l’essence. Pour lui, investir dans le transport collectif et réduire les dépenses essentielles des ménages représente une utilisation beaucoup plus constructive des ressources publiques que l’escalade des dépenses militaires.
Les minéraux critiques du Québec ne doivent pas alimenter la course aux armements
Le débat a également permis à Alex Tyrrell de relier les questions de paix aux enjeux environnementaux et miniers. Il a rappelé qu’un engagement du programme du Parti Vert prévoit que les minéraux critiques du Québec ne devraient pas servir à alimenter la course aux armements. Tyrrell a cité le projet minier La Loutre, dans l’Outaouais, qu’il avait récemment visité. Il a décrit les importantes modifications du territoire qu’entraînerait le projet et soulevé ses inquiétudes quant aux conséquences potentielles pour les lacs, le bassin versant et la qualité de l’eau. Il a également évoqué l’implication américaine dans le développement du projet.
Le chef du Parti Vert a précisé que son parti ne s’oppose pas à toute exploitation minière, mais estime que certains projets comportent des conséquences environnementales trop importantes pour aller de l’avant.
Évoquant la forte opposition exprimée lors d’un référendum local sur le projet, Tyrrell a conclu que le Québec ne devrait pas accepter de sacrifier des montagnes, des lacs et des bassins versants afin « d’alimenter la machine de guerre américaine ».
Pour une autre vision du rôle du Québec dans le monde
À travers ses différentes interventions, Alex Tyrrell a présenté une ligne cohérente : sortir de la logique selon laquelle davantage d’armes et davantage de dépenses militaires constituent nécessairement la réponse à l’insécurité internationale. Face à l’argument du candidat du Parti Québécois selon lequel « qui veut la paix prépare la guerre », Tyrrell a défendu une approche différente : réduire les tensions, diminuer la dépendance militaire envers les États-Unis, quitter l’OTAN, mettre fin au soutien public à l’industrie de l’armement et consacrer davantage de ressources aux besoins de la population et à la transition écologique.
Pour le Parti Vert du Québec, la paix ne constitue donc pas un enjeu abstrait ou éloigné des préoccupations quotidiennes. Elle touche directement les choix budgétaires, le coût de la vie, l’environnement, l’utilisation des ressources naturelles et le type d’économie que le Québec souhaite construire.
































