Le paradoxe des Laurentides

Texte de Valérie Fortier, porte-parole de la région des Laurentides

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Comme je l'ai déjà soulevé auparavant, les Laurentides sont merveilleuses mais possèdent un paradoxe complexe: on s'y installe pour être près de la nature, mais on détruit la nature pour s'y installer.

Cet été, alors qu'il faisait beau et chaud, une nouvelle m'a complètement glacée: «Le projet Le Quartier - Forestia, qu'on qualifie de plus grand projet immobilier de l'histoire de la province, sera établi à Boisbriand» (Plourde, 2019). Ce projet d'envergure, qui va s'échelonner sur sept ans, va non seulement détruire une faune et flore quasi inexistante dans cette région, mais il risque de compromettre la vie d'une population déjà à cran.

Mes mots sont peut-être exagérés, mais avec raison. Ce projet consiste à ajouter près de 5000 unités familiales dans ce secteur, situé entre l'autoroute 13 et la 640. Malgré les belles promesses d'établir un transport collectif dans ce périmètre, les futures familles y habitant auront le même comportement que dans le reste des Laurentides, soit posséder une voiture, voire deux par résidence. Les heures de pointe dans ce segment de routes est plus que catastrophique et ne cesse d'années en années de s'allonger. Je ne comprends pas la logique d'ajouter d'autres véhicules avant même de prouver qu'on est capable de fournir un système collectif adéquat. C'est bien beau le progrès et les projets économiques d’envergure, mais nous sommes en train de frapper un mur bien réel.

En juin dernier, le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell, et moi avions participé à une activité organisée par Éco-Corridors Laurentiens. Il s'agit du Rendez-vous conservation Laurentides. Cette activité consistait à regrouper des acteurs, soient individuels ou des organismes, qui ont à cœur l'environnement des Laurentides pour échanger sur la manière d’améliorer le sort de cette magnifique région.

À cette activité, nous avons appris que selon des études récentes, pour des raisons de changements climatiques ou de démographie, les compositions animales et végétales vont être obligées de se déplacer d'environ 45 km vers le Nord d'ici 10 ans. De plus, Jochen Jaeger, professeur de l'Université Concordia et conférencier lors de cette journée, parlait entre autres d'écologie routière. Il nous a appris qu'au Canada, en terme de nombre, il y a plus de routes que d'habitants. Notre transport routier augmente plus rapidement que celui en Europe. Ainsi, le professeurs Jaeger constate une augmentation de mortalité routière chez les animaux, car il y a une augmentation de construction de routes, ce qui diminue l'habitat des animaux. Sa proposition est de reconfigurer les routes, installer des clôtures plus longues et encourager davantage les transports collectifs.

En gardant tous ces chiffres en tête et en tant que porte-parole des Laurentides, je me dois de partager mon opinion qui est d'encourager les Municipalité régionale de comté (MRC) de financer les aires naturelles pour compenser et empêcher l'achat de ces terrains pour des projets de la sorte. Boisbriand - s'il n'est pas trop tard - pourrait s'inspirer de l'organisme HéPAN, soit Héritage Plein Air du Nord. Il s'agit d'un organisme de bienfaisance à but non lucratif avec l'intention de conserver la nature tout en pouvant en profiter et y accéder. L'objectif est simple, porter le moins d'impact possible sur cette faune et flore fragile, mais indispensable. Quant à plus grande échelle, des fondations, comme Conservation de la nature Canada (CNC) ou le Programme de conservation des zones naturelles du gouvernement du Canada  (PZNGC), compensent financièrement pour aider les municipalités à se développer tout en assurant la protection des ses territoires.

Pour finir, je voudrais revenir sur la conférence que j'ai participée avec Alex du Rendez-vous conservation Laurentides, organisé par Éco-corridors laurentiens. Nous avons eu la chance de connaître plusieurs organismes dont le but est de protéger la faune et la flore des Laurentides. Je pense entre autres à HéPAN, mentionné plus haut, le Réseau de milieux naturels protégés, de Stéphanie Morin qui est venue nous présenter son travail dans la MRC d'Argenteuil sur les plans régionaux des milieux humides et hydriques, la Coalition pour la préservation du Mont-Kaaikop, le Comité régional pour la protection des falaises (CRPF), le Parc Rivière-des-Mille-Îles et j'en passe. Sachez qu'il existe beaucoup d'organismes qui comme vous s'inquiètent du bien-être des Laurentides. Je vous encourage à chercher autour de vous ce que vous pouvez faire, que ce soit contribuer financièrement, en faisant du bénévolat ou en exprimant votre point de vue sur ce qu'il se passe. Faites vous entendre et ensemble nous pouvons changer. 

Valérie Fortier, porte-parole de la région des Laurentides

 

Bibliographie:

Parti Vert du Québec